
"Beaucoup de grands musiciens sont passés par la rue"
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Pierre - Gilles Dorison : « Mon travail, c’est d’être un pêcheur avec plein de lignes et quand il y en a une qui mord, je tire le poisson »

Directeur artistique à la maison de disques Polydor Records, Pierre - Gilles Dorison est constamment à l'affût de nouveaux talents. Le "dénicheur" de Vanupié et Deluxe nous donne sa vision de la scène de rue et des perspectives d'avenir possibles.
Lorsqu'on est musicien de rue, peut-on se faire repérer par une maison de disque ?
Le travail d’un directeur artistique, c’est de se fermer à aucun vecteur, que ce soit sur internet, en concert, et ça marche aussi pour la rue.
Avez-vous déjà déniché des artistes dans la rue ?
Je suis tombé sur l’artiste Vanupié dans le métro et depuis je travaille avec lui. Il a fait beaucoup de shows de rues à Nice notamment. C'est intéressant car il a réussi à vendre 12 000 disques sur le terrain. De manière générale, on peut dénicher un musicien de rue comme on peut dénicher un musicien sur Youtube. Mais il va y avoir un ensemble de critères qui vont faire que ça va fonctionner ou pas. Tout ce qui est fait sur le terrain par l’artiste entre en ligne de compte.
"Si le musicien arrive à générer quelque chose comme un buzz, la rue peut être un tremplin"
Si le "travail de terrain" est bien fait et que le musicien arrive à générer quelque chose comme un buzz, la rue peut être un tremplin. Par exemple, il y a le cas de Benjamin Clémentine qui a été signé après avoir été repéré dans le métro et ça a marché pour lui. Par contre, ce n’est pas la plateforme la plus évidente par rapport aux réseaux sociaux.
Mais tout est un tremplin si on sait l’utiliser à son avantage et créer quelque chose. Pour moi, la rue est plus un outil, comme la scène. Je comprends ce mythe autour la rue qui serait une manière de se faire connaître, mais comme tout mythe il y a des parties vraies et fausses. Quand on dit qu’aujourd’hui, que grâce à la digitalisation et la dématérialisation de la musique, n’importe qui peut faire un tube, c’est un mythe et c’est faux. Oui bien sûr que tout le monde peut diffuser un son sur Spotify ou Deezer en s’enregistrant dans sa chambre. Toutefois est-ce que les gens vont être au courant que c’est en ligne et est-ce que le titre va être un tube quand il va sortir ? Non. C’est pareil pour la rue. C’est pas parce qu’un musicien de rue joue bien qu’il va forcément être signé. Il doit y avoir autre chose autour.
Est-ce que la rue peut être un entraînement pour un artiste ?
Oui complètement. Néanmoins, tout dépend du style musical. Pour le rap par exemple, les prestations scéniques sont dans un premier temps moins importantes. Après, il faut savoir développer une proposition scénique forte. Mais dans un premier temps, ce n’est pas forcément ce qui importe.
"La rue est sûrement l'une des formations les plus dures"
C’est vrai que moi j’ai signé Deluxe et ils ont commencé à jouer dans la rue. Je pense que c’est le meilleur entraînement. Dans la rue,
c’est des passants, un public exigeant qui ne vient pas spécialement pour ça. Il faut capter leur attention, aller chercher les gens. Une fois qu’ils sont devant vous, il faut réussir à les garder parce qu’ils ne sont pas captifs comme dans une salle de concert et je pense que c’est sûrement une des formations les plus dures. Mentalement, au niveau de l’égo, ça doit être très dur. Une fois qu’on a fait ça, on est aguerri à beaucoup de choses et c’est vrai que les artistes qui ont commencé dans la rue comme Deluxe font tous les plus gros festivals français. Zaz, elle a fait le tour des zéniths.
"Capter un public dans la rue et la capacité à accrocher un public sur disque sont deux choses complètement différentes"
La difficulté c’est d’arriver à prouver que les forces que l’on développe en live peuvent faire un bon disque et ça, ce n’est pas évident. C’est pour ça, qu’à mon avis, beaucoup de musiciens de rue n’ont pas forcément de succès discographique. C’est parce que capter un public dans la rue et la capacité à accrocher un public sur disque, sont deux choses complètement différentes. Il faut arriver à repenser sa proposition artistique.
Prêtez-vous attention à la « scène de rue » ?
Non, honnêtement je ne mène pas de recherches. Je dirais que pour les musiciens de rue, ça se passe comme pour les autres musiciens. Mon travail, c’est d’être un pêcheur avec plein de lignes et quand il y en a une qui mord, je tire le poisson. J’essaye d’être à l’écoute de tout ce qui passe sur tous les réseaux et j’ai des managers et des gens sur le terrain qui me font remonter des informations. Et de la même manière pour les musiciens de rue. Quand il commence à y avoir quelqu’un d’intéressant dans la rue, on est plus au moins informé d’une manière ou d’une autre. À ce moment là, je me déplace. Vanupié, j’étais tombé sur lui. Mais quand je suis arrivé, il y avait déjà plein de monde. Ce n’est pas mon style de prédilection de procéder en allant directement dans la rue.
De son côté, le Conservatoire de Lyon ne met pas beaucoup d'actions en oeuvre pour développer la musique de rue dans la Capitale des Gaules. Seul exemple assez récent, à l'occasion du trentième anniversaire en 2011 de la fête de la musique, une batucada géante avait été organisée Place des Terreaux. L'idée fut lancée par Jean-Luc Rimey-Meille, responsable du département percussions qui propose de réunir 1000 musiciens sur cette place emblématique de la vie lyonnaise. Le concert fut baptisé La Batucada des mille. Depuis, le Conservatoire n'a pas réinvestit les rues de Lyon. Une absence qui s'explique par sa volonté de se centrer sur d'autres projets, comme l'explique Cécile Richard, responsable de l'action culturelle. « La musique de rue n'est pas vraiment
"La musique de rue n'est pas vraiment l'esthétique du conservatoire"
l'esthétique du Conservatoire, sans vouloir porter un jugement de valeur. C'est juste que l'on préfère se centrer sur d'autres initiatives comme celles mises en place dans des quartiers prioritaires par exemple ». De prochaines actions en lien avec la musique de rue ne sont donc pas à l'ordre du jour pour l'instant. Suivant la charte de coopération culturelle de la ville, l'établissement se concentre sur le « vivre ensemble ». Ainsi, Il y a deux ans, à l'occasion de la Journée mondiale du réfugié, des concerts avec ses musiciens et étudiants avaient été organisés pour valoriser les membres de l'association Forum réfugiés.
CAMILLE SIMONET
Est-ce que la rue peut être un tremplin vers le professionnalisme ?
